Bruges Audition | Qu’est-ce que l’acouphène ?
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Qu’est-ce que l’acouphène ?

Qu’est-ce que l’acouphène ?

Enjeux et justifications d’une définition

article Audiologie Demain n°9 de septembre octobre 2020

L’acouphène est généralement défini comme une perception auditive ressentie en l’absence de toute stimulation sonore dans l’environnement.

Or, cette définition est très incomplète dans la mesure où elle ignore l’essentiel du point de vue du patient. Nous proposons une nouvelle définition de l’acouphène plus en accord avec sa phénoménologie.

Par Noreña A.1, Lacher-Fougère S., Fraysse MJ, Bizaguet E., Grevin P., Thai-Van H., Moati L., Le Pajolec C. et Ohresser M.

Le Docteur Stéphane LACHER FOUGERE membre de notre équipe pluridisciplinaire a travaillé sur cette définition.

Introduction : un bref état de l’art

L’acouphène est généralement défini comme une perception auditive ressentie en l’absence de toute stimulation sonore dans l’environnement (Baguley et al., 2013; Langguth et al., 2013).

Sa prévalence est importante dans la population générale bien que largement variable selon les études. On estime que 15% environ de la population générale serait affectée par des acouphènes et que 20% des sujets seraient gênés et à la recherche d’une prise en charge (Heller, 2003; McCormack et al., 2016, 2014).

On distingue deux grands types d’acouphènes, les acouphènes « objectifs » dont la cause est une source sonore provenant du corps (contractions spontanées des muscles de l’oreille moyenne ou de l’oropharynx, turbulences liées à un problème vasculaire, otoémissions acoustiques spontanées, etc.) et les acouphènes « subjectifs » qui n’ont pas de causes sonores identifiables. Ces derniers sont nettement prévalents par rapport aux acouphènes objectifs (Henry et al., 2014).

L’essor relativement récent de la recherche sur les causes des acouphènes, dans le domaine des neurosciences en particulier, a fait progresser notre compréhension de leurs possibles mécanismes (Eggermont and Roberts, 2015; Noreña, 2015, 2011; Shore et al., 2007; Shore and Wu, 2019). Toutefois, ces mécanismes sont encore loin de rendre compte de toute la phénoménologie (Fournier et al., 2019, 2018). De plus, l’acouphène est souvent considéré comme un symptôme pouvant résulter de multiples causes, parfois concomitantes. Ainsi, le terme d’acouphène recouvre une physiopathologie très hétérogène : il est plus juste de parler d’acouphènes et de sous-types multiples dont le nombre est inconnu. Les acouphènes sont souvent classés en termes d’acouphènes centraux, périphériques ou somatosensoriels (Noreña, 2015), mais aucun moyen objectif ne permet de confirmer cette classification chez l’homme.

L’acouphène est une situation clinique qui bénéficie de l’intérêt du monde médical et de la recherche appliquée, car il peut être vécu de façon très négative par les sujets et entraîner une réduction de la qualité de vie (Crönlein et al., 2007; Folmer et al., 1999; Hébert and Carrier, 2007; Langguth et al., 2007; Watts et al., 2018). Des modèles comportementaux existent dont le but est de rendre compte de la gêne occasionnée (Andersson and McKenna, 2006; Jastreboff, 2007, 1990; McKenna et al., 2014). Schématiquement, ils suggèrent que les acouphènes sont globalement désagréables en raison de la mise en place d’un conditionnement fortuit, i.e. ils sont survenus de façon concomitante à un évènement douloureux et pour cette raison ont pris une dimension négative (Jastreboff, 1990), et/ou du fait qu’ils sont associés à des idées fausses ou croyances négatives (« mes acouphènes résultent d’une maladie grave » ou « mes acouphènes vont empirer », par exemple) et à tout un ensemble de processus cognitifs et émotionnels qui peuvent piéger le sujet dans un cercle vicieux empêchant une habituation au symptôme (McKenna et al., 2014).

Enfin, une multitude de prises en charge des sujets invalidés existent dans le monde. Il est intéressant de noter que leur mise en œuvre dépend très nettement de facteurs culturels (Cima et al., 2020; Fuller et al., 2017). Ces approches variées peuvent avoir des objectifs différents. Globalement, on peut distinguer les méthodes qui tentent de réduire la perception de celles qui aident le sujet à vivre avec le symptôme (Noreña, 2012). Les premières utilisent des moyens aussi divers que des stimulations sonores (Adamchic et al., 2013; Li et al., 2016; Noreña, 2012; Schad et al., 2017), électriques (Conlon et al., 2019; De Ridder et al., 2007; Marks et al., 2018; Shekhawat and Vanneste, 2018) ou magnétiques (Londero et al., 2006; Lorenz et al., 2010; Peter and Kleinjung, 2019). Les secondes, telles que les approches comportementales, visent à réduire la souffrance associée à la présence d’acouphènes. Ces méthodes sont censées agir sur les diverses facettes psychologiques des acouphènes, à savoir l’évaluation et l’interprétation du symptôme (croyances négatives), les comportements de protection et de résistance (évitement), le poids attentionnel (défocalisation) et la valence émotionnelle (relaxation) qui leur sont allouées (Cima et al., 2014, 2012; Jastreboff, 2007; Marks et al., 2020; McKenna et al., 2014).

Un besoin de mettre à jour la définition des acouphènes : quels sont les enjeux d’une nouvelle définition ?

Ce bref état des lieux illustre la complexité du phénomène des acouphènes, en particulier au niveau de l’expérience vécue des sujets, dont la prise en compte a été négligée pendant longtemps, faute d’en avoir appréhendé toutes les dimensions. Cette disparité, qui maintenant est évidente, entre les observations cliniques et la définition simple et limitée à l’aspect sensoriel qui a prévalu jusqu’alors, souligne la nécessité d’aller vers une nouvelle définition plus complète.

Cette définition a été élaborée par un groupe pluridisciplinaire issu de l’AFrEPA (Association Francophone des Equipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie), composé de cliniciens expérimentés dans le domaine des acouphènes (médecins ORL, audioprothésistes et psychologues). Ce travail a été nourri par des lectures variées issues notamment des sciences humaines autour de la thématique de la douleur (Breton, 2012; Fondras, 2007; Marin and Zaccaï-Reiners, 2013; Porée, 2015; Ricœur, 2013), puis concrétisé à partir de réunions présentielles et en visioconférence. Le choix des aspects devant être décrits et le choix des mots pour les définir a été minutieusement discuté jusqu’à l’obtention d’un consensus du groupe. En résumé, nous avons souhaité aboutir à une définition la plus complète et la plus concise possible, à jour des connaissances actuelles, renvoyant à des développements dans cet article dont nous avons estimé qu’ils étaient essentiels à transmettre aux intéressés.

A bien des égards, l’acouphène présente des similitudes avec la douleur chronique (Møller, 2007). Dans ce contexte, la définition de la douleur a représenté un point de départ et un cadre de réflexion pour notre définition de l’acouphène :
« Expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles, ou décrite en ces termes » (Merskey, 1979).
On note d’emblée que la douleur y est décrite comme une expérience subjective multidimensionnelle, non seulement sensorielle, mais également émotionnelle et désagréable (Fondras, 2007). L’acouphène pourrait se décrire en termes tout à fait identiques. Notons que cet aspect à prendre en compte était totalement inexistant dans la définition originelle. Nous avons toutefois souhaité nous éloigner de cette définition de la douleur pour la raison principale que l’acouphène n’est pas une expérience aussi largement partagée, et donc connue, que celle de la douleur. Même si, à la rigueur, il est possible que la majorité de l’humanité perçoive des acouphènes, il est probable qu’il s’agisse d’un phénomène occasionnel ne dépassant pas quelques dizaines de secondes à chaque fois, une durée qui semble insuffisante pour appréhender réellement la phénoménologie de l’acouphène, notamment l’acouphène vécue comme une expérience désagréable. Il nous a donc semblé nécessaire d’apporter à notre définition quelques précisions, notamment au niveau de la description des caractéristiques perceptives des acouphènes et de l’expérience vécue par le sujet. Il est également important de noter que l’acouphène ne partage pas le caractère intrinsèquement négatif de la douleur, la majorité des sujets ne présentant peu ou pas de gêne associée à leur acouphène. Il est possible que la durée des acouphènes joue ici un rôle important dans l’expérience vécue : un acouphène rare et/ou transitoire affecte peu ou pas la qualité de vie tandis qu’un acouphène continu peut être associé à une gêne considérable (Koops et al., 2019).

Enfin, l’article qui présente et justifie notre définition a été écrit avec la volonté de vulgariser un socle de connaissances minimales sur l’acouphène et d’informer à la fois les acteurs du monde médical ou paramédical susceptibles de rencontrer le patient acouphénique dans sa pratique (médecins spécialistes ou généralistes, dentistes, psychologues, sophrologues, audioprothésistes, masseur-kinésithérapeutes etc.), mais également le sujet confronté à ce symptôme, et toute personne accompagnante. C’est pourquoi notre définition, tout en étant relativement concise, est plus développée que celle de la douleur. Notre choix de mots a également été réalisé dans le souci d’être compris par une personne non initiée à la problématique de l’acouphène et de l’audition.

Présentation et justification de la définition

Chaque phrase de notre définition illustre un domaine particulier des acouphènes, i.e. caractéristiques perceptives, mécanismes physiopathologiques, expérience vécue et impact, et prise en charge. La définition peut se décliner en une version « longue » de quatre phrases, ou une version « courte » de deux phrases se limitant aux aspects strictement essentiels à la définition :

Version longue :
« L’acouphène est une sensation auditive sans stimulation sonore extérieure ni signification, mais identifiable par ses caractères sensoriels : localisation, intensité, fréquence et timbre. Il traduit un dysfonctionnement du système auditif et/ou d’autres structures pouvant interférer avec lui. Sous l’effet de processus cognitifs ou émotionnels, l’acouphène peut être vécu comme une expérience désagréable pouvant impacter la qualité de vie. La prise en charge peut faire appel à des compétences pluridisciplinaires. »

Version courte :
« L’acouphène est une sensation auditive sans stimulation sonore extérieure ni signification, qui peut être vécu comme une expérience désagréable pouvant impacter la qualité de vie. »

  • La description des acouphènes

« L’acouphène est une sensation auditive sans stimulation sonore extérieure ni signification, mais identifiable par ses caractères sensoriels : localisation, intensité, fréquence et timbre. »

La première phrase reprend la définition initiale de l’acouphène et décrit l’expérience sensorielle consciente. Il est précisé que les acouphènes diffèrent des hallucinations auditives (voix ou musique) (Griffiths, 2000) par leur caractère dénué de « signification ». Si les acouphènes sont parfois décrits comme des « chants de cigales » ou un « bruit de cocotte-minute », par exemple, il s’agit simplement pour les sujets d’utiliser une analogie pour partager leur expérience auditive avec autrui.

Nous avons également choisi de décrire les caractéristiques subjectives principales des acouphènes dans le but d’informer les non-initiés. En bref, les acouphènes sont généralement localisés, c’est-à-dire qu’ils sont ressentis dans l’une ou les deux oreilles, voire à l’intérieur de la tête. Ils sont perçus à un certain niveau sonore (intensité subjective ou sonie, échelle allant de faible à fort), lequel est généralement assez faible (mais voir ci-dessous) (Fournier et al., 2019; Moffat et al., 2009). Ils peuvent être décrits en termes de fréquence perçue (ou de hauteur) selon une échelle allant de grave (bourdonnement) à aiguë (sifflement) (Norena et al., 2002; Roberts et al., 2008). Enfin, les acouphènes peuvent également être décrits en terme de leur complexité spectrotemporelle (ou timbre) : ils peuvent avoir un caractère tonal (hauteur très marquée) ou bruité (pas de hauteur perçue, bruit du vent ou de l’océan, par exemple) et présenter ou non des modulations d’amplitude plus ou moins rapides (Londero et al., 2017; Roberts et al., 2008).

En revanche, nous n’avons pas mentionné dans la définition deux caractéristiques importantes de l’acouphène. La première est que certains acouphènes sont objectifs tandis que d’autres sont subjectifs (voir l’introduction). Cette caractéristique est potentiellement utile d’un point de vue clinique car les causes de certains acouphènes objectifs peuvent être traités efficacement, pouvant amener ainsi à une suppression des acouphènes. Mais du strict point de vue de la définition, l’origine (objective ou subjective) des acouphènes ne change rien à sa phénoménologie. L’autre caractéristique que nous avons choisi de ne pas évoquer dans notre définition est la durée, l’acouphène pouvant être perçu de manière continue ou intermittente. La prévalence des acouphènes continus et intermittents varie largement d’une étude à l’autre, allant de 90%/10% dans une étude hollandaise (Koops et al., 2019) à 32%/68% dans une étude brésilienne (Oiticica and Bittar, 2015). La durée de l’acouphène peut influencer significativement la manière dont l’acouphène est vécu : un acouphène continu a plus de chance d’impacter la qualité de vie qu’un acouphène intermittent et peu fréquent (Koops et al., 2019). D’autre part, il est important de noter que les études épidémiologiques ne différencient pas toutes les acouphènes continus et intermittents. En outre, elles n’utilisent pas toutes la même définition des acouphènes au regard de sa durée. Le critère retenu le plus commun est que l’acouphène doit durer un minimum de 5 minutes de rang par jour (McCormack et al., 2016).

  • Les mécanismes physiopathologiques de l’acouphène

« Il traduit un dysfonctionnement du système auditif et/ou d’autres structures pouvant interférer avec lui. »

La deuxième phrase aborde les causes physiopathologiques de l’acouphène. L’acouphène y est décrit d’abord comme un « dysfonctionnement du système auditif ». C’est un choix fort de notre groupe que de considérer l’acouphène comme une dysfonction du système auditif, sans pour autant préjuger de sa nature ni du niveau auquel elle se manifeste. Le rôle de cet article n’est pas de lister et de développer tous les mécanismes possibles des acouphènes, il faudrait d’ailleurs pour cela un livre entier. Le lecteur est renvoyé à certains ouvrages ou à des articles de revue (Baguley et al., 2013; Eggermont et al., 2012; Eggermont and Roberts, 2015; Langguth et al., 2013; Noreña, 2015). A titre d’exemple, néanmoins, nous mentionnons ici un modèle influent qui pourrait rendre compte d’un certain sous-type d’acouphènes. Ce modèle suggère que les acouphènes résulteraient de modifications plastiques du système auditif central après une perte auditive. En bref, le système auditif central pourrait devenir hyperactif et hypersensible pour compenser une réduction des entrées sensorielles liée à une perte auditive, un peu comme le gain d’un amplificateur est augmenté pour amplifier des signaux faibles (Noreña, 2011; Schaette, 2013; Schaette and Kempter, 2006). On note que ce mécanisme peut rendre compte également de l’hyperacousie (Auerbach et al., 2014; Hébert et al., 2013; Noreña and Chery-Croze, 2007).

La deuxième partie de la phrase « et/ou d’autres structures pouvant interférer avec lui » évoque la possibilité que l’acouphène puisse également résulter d’un dysfonctionnement de voies non auditives en lien avec le système auditif. Il est maintenant bien documenté que le système auditif intègre diverses informations sensorielles non auditives, notamment au niveau du noyau cochléaire (Shore et al., 2000). Or, la plasticité induite par une perte auditive est associée à une augmentation du poids des entrées sensorielles non-auditives dans les voies auditives, pouvant créer ainsi une hyperactivité neuronale et un acouphène (Shore et al., 2007; Shore and Wu, 2019). Il est également possible que des troubles musculosquelettiques de la région tête-cou (articulation temporo-mandibulaire ou région des cervicales, par exemple), en présence ou absence de perte auditive, soient à l’origine d’une modulation de l’activité neuronale dans les voies auditives et donc d’acouphènes (Londero et al., 2017; Noreña et al., 2018). Ce type d’acouphène, qualifié de « somatosensoriel », peut être modifié, voire maîtrisé par des actions somatiques, mouvements ou manœuvres du complexe tête-cou essentiellement (Levine, 1999; Levine et al., 2007, 2003).

Le système auditif est également connu pour intégrer des informations que ne sont pas strictement sensorielles, telles que des informations cognitives et émotionnelles (Fritz et al., 2007; Kraus and Canlon, 2012; Marsh et al., 2002; Weinberger, 2007). Ces informations ont des effets modulateurs sur les acouphènes et pourraient même, comme le suggèrent certains auteurs, être une de leurs causes (Hébert and Lupien, 2009; Husain, 2016; Maudoux et al., 2012; Mazurek et al., 2015, 2012).

  • Le retentissement des acouphènes sur la qualité de vie

« Sous l’effet de processus cognitifs ou émotionnels, l’acouphène peut être vécu comme une expérience désagréable pouvant impacter la qualité de vie. »

Cette phrase est, à notre sens, celle qui manquait à la définition de l’acouphène pour la rendre plus complète. C’est au fond la volonté de l’élaborer qui a motivé le travail de notre groupe. Avec la première phrase décrivant les aspects sensoriels de l’acouphène, celle-ci n’en est pas moins incontournable pour décrire les deux « grands oubliés » de la définition précédente, à savoir : l’expérience vécue par le sujet et l’impact sur la qualité de vie.

L’acouphène, au même titre que la douleur, peut être décrit non seulement en termes d’un « quoi » sensoriel (quelles sont ses caractéristiques psychophysiques ?) mais également d’un « comment » expérientiel (comment cette expérience sensorielle est-elle vécue ?). En clinique et en recherche ces deux éléments sont généralement dissociés et estimés indépendamment. Or, il est important de souligner que cette dichotomie a priori est artificielle : le sujet vit une expérience unifiée et indivisible de ses acouphènes. C’est sans doute pour cette raison qu’il y a souvent une différence entre la sonie de l’acouphène telle qu’estimée par le sujet lui-même (« mes acouphènes sont assourdissants ») et celle mesurée par appariement de sonie avec une stimulation acoustique, laquelle donne des estimations de niveau généralement modeste (Moffat et al., 2009). Le sujet rapporte de prime abord son expérience vécue globale des acouphènes, lesquels sont perçus d’autant plus « forts » qu’ils sont « envahissants », intrusifs ou accaparant les ressources cognitives (attention, perception, pensée, mémoire etc.). Il n’est sans doute pas intuitif pour le sujet de savoir différencier d’emblée les échelles de sonie et de gêne. Par ailleurs, quand bien même il serait possible d’estimer indépendamment la sonie et la gêne de l’acouphène, les deux dimensions ne sont que partiellement corrélées (Vanneste and De Ridder, 2015). Si un acouphène fort est plus susceptible d’être associé à de la gêne qu’un acouphène faible, de la même manière qu’un acouphène continu peut avoir un impact plus grand qu’un acouphène rare, il existe toutefois globalement une grande variabilité de la relation entre la sonie et la gêne. Cette variabilité est liée à la manière (au « comment ») dont l’acouphène est vécu (Noreña, communication personnelle).

On estime que près de 20% des sujets présentant un acouphène seraient gênés au point de rechercher une aide médicale (McCormack et al., 2016, 2014). Bien qu’une majorité de sujets acouphéniques semble vivre sans gêne, il est toutefois important de noter que la grande majorité seraient prêts à suivre un traitement s’ils avaient la certitude de son efficacité. La présence d’acouphène est donc globalement désagréable, mais l’impact sur la qualité de vie est néanmoins très varié, allant de la gêne légère avec peu ou pas de retentissement, jusqu’à la gêne sévère et invalidante (Folmer et al., 1999; Langguth et al., 2007). On note que la description en termes d’un « comment », à savoir d’expérience vécue et de souffrance, a été largement abordée dans le domaine de la douleur (Breton, 2012; Fondras, 2007; Marin and Zaccaï-Reiners, 2013; Ricœur, 2013) mais finalement assez peu dans le domaine de l’acouphène (Marks et al., 2020, 2019). Nous faisons l’hypothèse qu’il existe un socle commun à la souffrance quel que soit son contexte biologique ou psychologique particulier (douleur chronique, acouphènes, deuil etc.) (Porée, 2015).

Dans les cas les moins sévères, l’acouphène peut être ignoré sans trop d’efforts, il est vécu comme un bruit de fond non gênant. En conséquence, il n’interfère pas significativement avec la vie du sujet et il n’est donc pas ou peu gênant. Dans les cas les plus sévères, en revanche, la vie tout entière du sujet peut se contracter entièrement autour de l’acouphène, devenu « point douloureux » ou « point focal » de la conscience : rien ne peut s’en échapper et tout finit par y revenir. La présence d’acouphènes réduit alors considérablement la qualité de vie des sujets en interférant négativement avec les capacités cognitives (notamment l’attention) et le sommeil (Crönlein et al., 2007; Hall et al., 2018; Langguth et al., 2011).

La gêne de l’acouphène peut se résumer globalement à son impact (réduction) sur la « puissance de vivre », c’est-à-dire à la liberté et la capacité de vivre du sujet (Delassus, 2018). La souffrance, stade ultime de la gêne, peut être définie comme l’état où le sujet est débordé par l’acouphène. Elle s’accompagne d’une érosion lente et inexorable des résistances du sujet (Noreña, communication personnelle). La souffrance s’accompagne d’une distorsion de phénomènes subjectifs aussi variés que la perception du temps, la capacité d’agir et le sentiment d’identité, sans que l’on sache très bien préciser la nature des liens de causalité entre l’expérience vécue du sujet et sa souffrance. L’acouphène chronique immobilise le sujet dans l’éternel retour du même état souffrant, le temps est refermé sur lui-même, sans futur et sans projets. Quand bien même l’acouphène pourrait être ponctuellement oublié, au prix parfois de l’épuisement, son retour, qui ne manque pas d’arriver tôt ou tard, s’accompagne d’un sentiment d’impuissance. Le sujet est alors dans un état de vulnérabilité extrême et peut se rendre responsable de son incapacité à faire face. Le dernier degré de la souffrance est la démobilisation et la dépression. Mais malgré la souffrance et l’abattement, la plupart des sujets tentent de se relever, leur mobilisation prenant alors et d’abord la forme de la plainte (Ricœur, 2013). Le premier rôle du soignant est de bien la recevoir et d’y répondre (voir ci-dessous).

  • Prendre en charge les acouphènes

« La prise en charge peut faire appel à des compétences pluridisciplinaires. »

Nous avons souhaité ajouter cette phrase pour informer de l’existence de prises en charge, notamment pluridisciplinaires, à savoir issues de différents domaines médicaux et paramédicaux (audiologie, psychologie, etc.). La création d’équipes pluridisciplinaires a été un maillon essentiel des avancées thérapeutiques de ces dernières années, suivant en cela l’exemple de l’algologie (Glowacki, 2015; Haigh, 2001).

La réception de la plainte : étape préalable et essentielle à toute prise en charge

Comme nous l’avons vu dans la section précédente, l’acouphène peut être associé à de la souffrance et à une réduction de la qualité de vie. Or, la souffrance n’est pas nécessairement associée au désespoir et à la résignation. Souffrir vient du latin « sub » (en-dessous) et « ferre » (porter) qui donne au mot le sens de supporter ou autrement dit d’endurer. Mais si la souffrance peut à un certain moment se traduire par un état de sidération et une inhibition de l’action, elle peut ensuite déboucher sur une révolte et une volonté d’action. Cette volonté de réagir s’incarne d’abord dans la recherche d’une aide clinique et la formulation d’une plainte. Elle se fait souvent au prix d’un effort considérable de la part du patient auquel il en coûte de raconter son histoire et de révéler sa vulnérabilité. Cet effort est d’autant plus important que le mal est invisible dans le cas de l’acouphène, il est abstrait et donc difficile à partager. En outre, il semble souvent anodin aux yeux d’autrui qui a tendance à juger exagérée la souffrance liée à l’acouphène. Après tout, l’acouphène n’est pas une douleur, comment peut-on souffrir sans douleur ? Dans ce contexte d’extrême tension pour le patient, la prise en charge commence d’abord par la réception bienveillante de sa plainte. Le clinicien doit lui-même être guidé par une bonne compréhension des phénomènes subjectifs qui sont en jeu dans la souffrance du patient. Dans un second temps, le clinicien doit expliquer et démystifier l’acouphène pour l’aider à faire face, selon l’adage « on affronte mieux ce que l’on connaît ». Cette étape est critique et peut avoir un impact déterminant sur l’état du sujet et la suite de sa prise en charge. Elle est parfois tout ce qui est nécessaire pour que le sujet aille mieux (Hazell and Wood, 1981).

Nombre de sujets acouphéniques déplorent que l’impuissance de la médecine moderne vis-à-vis des acouphènes se traduise parfois par une certaine forme de brutalité, illustrée par la phrase : « il n’y a rien à faire, vous devez vivre avec vos acouphènes ». Le sujet qui s’était mobilisé au prix d’un effort considérable est alors renvoyé à une condition d’errance et de recherche de sens, bref à l’éternel retour de la souffrance décrite plus haut, et ainsi au sentiment d’impuissance et de vulnérabilité. Ce que nous tenons à souligner ici c’est que cette phrase est non seulement maladroite mais également fausse. Bien que la suppression ou réduction de l’acouphène ne puisse être obtenue de façon certaine, il existe des prises en charges validées qui améliorent les conditions de vie des patients (voir ci-dessous).

En résumé, le clinicien recevant la plainte, et plus largement toute personne accompagnant le sujet, doit témoigner de sa compréhension (ne pas minimiser sa souffrance), entretenir sa mobilisation à agir, et l’encourager même en l’orientant vers la prise en charge qui sera la plus adaptée à sa situation spécifique.

Prises en charge

L’objet de cet article n’est pas de lister toutes les approches susceptibles d’apporter une aide. Nous n’aborderons ici ni les approches pharmacologiques (Langguth et al., 2019) ni celles consistant à moduler l’activité du système auditif via une stimulation électrique ou magnétique (De Ridder et al., 2006; Londero et al., 2006; Marks et al., 2018). Nous avons vu que l’acouphène (comme d’autre symptômes tels que des douleurs dans et autour de l’oreille et des sensations d’oreille bouchée) pouvait résulter de troubles musculosquelettiques de la région tête-cou (Levine et al., 2007; Noreña et al., 2018). Il est indispensable d’en faire un bilan minimum et d’orienter si besoin les sujets vers la spécialité correspondante (orthodontie, par exemple). Nous rappelons également que les causes de certains acouphènes objectifs (liés à une source sonore provenant du corps du patient) peuvent être traités. Bien que ces cas soient relativement rares, il est important de les diagnostiquer. Nous souhaitons développer ici les deux grandes approches simples et non-invasives qui peuvent améliorer la situation des patients. Elles ne sont pas mutuellement exclusives et peuvent être appliquées ensemble dans une perspective résolument pluridisciplinaire.

La première approche, sans doute la plus répandue, est issue de l’audiologie (Henry et al., 2019). Elle consiste à corriger l’audition des sujets qui présentent une perte auditive et/ou à y adjoindre une stimulation acoustique (souvent appelé générateur de bruit). Un certain nombre d’études ont montré que cette approche peut en effet soulager les patients (Henry et al., 2017; Hoare et al., 2014; Parazzini et al., 2011; Schad et al., 2017; Sereda et al., 2018; Tutaj et al., 2018). L’approche acoustique peut aider les sujets à travers le masquage énergétique et/ou informationnel de l’acouphène (Searchfield et al., 2012) : l’acouphène est rendu moins facilement audible et donc moins intrusif. Il est également possible qu’elle puisse interférer avec les mécanismes des acouphènes (et ceux de l’hyperacousie) en mettant en jeu la plasticité neuronale (Li et al., 2016; Noreña, 2012; Noreña and Chery-Croze, 2007; Pienkowski, 2019).

Le second type de prise en charge est représenté par les approches comportementales. Elles reposent toutes sur un modèle causal de la gêne associée aux acouphènes, en d’autres mots le « pourquoi » qui vient s’ajouter au « comment » de l’expérience vécue que nous avons décrite ci-dessus. Jastreboff (Jastreboff, 2007, 1990), par exemple, suggère que le caractère négatif de l’acouphène provient de la co-occurrence fortuite entre un événement de vie « négatif » ou douloureux (divorce, deuil, perte d’emploi, etc.) et l’émergence de l’acouphène. Dans ce contexte, l’acouphène est vu comme le stimulus conditionnel et la réaction (émotion négative) comme la réponse conditionnelle d’un conditionnement classique ou Pavlovien. D’autres modèles, compatibles avec le précédent, insistent davantage sur les processus cognitifs impliqués dans le traitement de l’information (Andersson and McKenna, 2006, 2006; McKenna et al., 2014). Ces modèles mettent l’accent sur le rôle joué par les pensées ou croyances négatives vis-à-vis des acouphènes : « mes acouphènes vont augmenter », « mes acouphènes vont me rendre fou », « mes acouphènes sont le signe d’une maladie grave », etc. Elles provoquent un état d’alerte et de stress, et secondairement une focalisation de l’attention sur l’acouphène et des comportements de défense inadaptés (tels que des comportements d’évitement) qui empêchent la mise en place d’une habituation. Certains biais cognitifs, tels que la tendance à ruminer (répéter les souvenirs ou pensées négatives) et à catastrophiser (dramatiser, exagérer les situations négatives), peuvent également contribuer à freiner l’habituation. Globalement, le but de ces approches est de favoriser l’habituation à l’acouphène en aidant les sujets à gérer leurs émotions, à neutraliser leurs pensées négatives voire à formuler des pensées positives, à éviter des comportements contre-productifs et même à faciliter l’apprentissage d’attitudes adaptées face aux acouphènes. Certaines de ces méthodes, qui ne doivent pas être confondues avec les approches de type psychanalytique (Van Rillaer, 2019, 2007, 2004), ont fait la preuve de leur efficacité, c’est le cas des thérapies comportementales et cognitives (Andersson et al., 2002; Beukes et al., 2018; Cima et al., 2014, 2012; Fuller et al., 2020; Marks et al., 2020). D’autres approches, comme la sophrologie, commencent à être évaluées (Grevin et al., 2020).

Conclusion

Nous avons tenté d’actualiser la définition de l’acouphène avec l’objectif de décrire au mieux ses diverses facettes et d’informer, non seulement le clinicien, mais également le sujet acouphénique lui-même, voire toute personne désireuse d’en savoir plus. Nous avons introduit des informations sur ses caractéristiques perceptives, fait la différence entre acouphènes et hallucinations, et avons abordé ses origines physiopathologiques. Nous avons insisté sur le fait que l’acouphène représente avant tout une expérience vécue intime, globale et unifiée, à la fois sensorielle mais également cognitive et émotionnelle, pouvant avoir un impact négatif plus ou moins important sur la qualité de vie. Enfin, nous avons tenu à mentionner que les sujets pouvaient être pris en charges à partir d’approches pluridisciplinaires. Nous espérons que cette nouvelle définition et l’article qui l’accompagne seront de nature à éradiquer toutes les mésinformations, les idées fausses et les attitudes ou pratiques inadaptées vis-à-vis de cette affection.

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